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L'accident ne tombe pas du ciel : ce que révèle le passé des conducteurs responsables

Les accidents graves sont en moyenne précédés de comportements à risque répétés. Ce que dit l'étude ACCI, ses limites, et ce qu'une entreprise peut en retenir sans surveiller les points de ses salariés.

VD
Vincent Delhalle
4 min de lecture
Illustration : un conducteur vu de dos, mains sur le volant, roule sous une pluie battante en ville ; son attention est tournée vers la route et les véhicules devant lui

Quand un salarié a un accident de la route, une question se pose : pouvait-on le voir venir ? Une étude publiée en 2025 par l'Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR) apporte un élément de réponse. Chez les conducteurs reconnus responsables d'un accident corporel par la justice, elle observe en moyenne un passé d'infractions plus fréquentes et plus graves que chez les autres conducteurs infractionnistes.

Une étude sur le passé des conducteurs

L'étude ACCI, pour « Accidentalité et comportement des conducteurs infractionnistes », a été conduite par le Cerema. Elle s'appuie sur le fichier national des permis de conduire, sur la période 1993-2020. Elle compare les conducteurs reconnus responsables d'un accident corporel par la justice à ceux qui ont commis des infractions sans avoir été reconnus responsables d'un accident corporel.

Sur 55 millions d'automobilistes, 252 000 ont été reconnus responsables d'un accident par la justice, soit moins de 1 %.

Ce qui précède l'accident

Les résultats sont nets. Avant leur accident, les auteurs d'accidents corporels commettaient des infractions 1,7 fois plus souvent que les infractionnistes sans accident.

La gravité des infractions compte aussi. Plus de 20 % des responsables d'accidents mortels avaient déjà commis au moins une infraction entraînant un retrait de 6 points, contre 7 % chez les infractionnistes non responsables d'accident. Les usagers ayant déjà commis une telle infraction ont un risque 4 fois plus élevé de causer un accident corporel.

Enfin, un tiers des auteurs d'accidents corporels avaient déjà connu une suspension de permis avant leur accident, contre un dixième chez les autres infractionnistes.

Ce qui ne change pas après

Pour la plupart de ces conducteurs, l'accident ne marque pas de rupture : les trois quarts des auteurs d'accidents corporels commettent à nouveau des infractions après l'accident.

Ce que l'étude ne dit pas

Deux précautions s'imposent.

D'abord, le fichier ne recense que les accidents qui ont donné lieu à des poursuites et à une condamnation de leur auteur : seuls 17 % des accidents mortels relevés par les forces de l'ordre y figurent. Elle ne couvre donc pas l'ensemble des accidents.

Ensuite, elle ne montre pas que toute infraction annonce un accident. Les usagers peu infractionnistes ne présentent pas de sur-risque d'accident par rapport aux usagers non infractionnistes.

Ce qu'une entreprise peut en retenir

Pour une entreprise, la leçon n'est pas de surveiller le permis ou le solde de points de chaque salarié. Elle est ailleurs : les comportements à risque se répètent avant l'accident, et ils peuvent être abordés bien avant qu'un sinistre survienne.

  • Agir avant l'accident. Si les comportements à risque précèdent l'accident, la prévention a sa place en amont, et pas seulement après un sinistre.
  • Parler des comportements, pas des personnes. Vitesse, téléphone au volant, fatigue, pression horaire : ces sujets peuvent se travailler en équipe, sans désigner de « mauvais conducteurs ». Un échange non punitif peut aider chacun à reconnaître ses propres habitudes.
  • Regarder ce qui pousse à prendre des risques. Un planning serré, un client qui attend, une réunion qui déborde : quelles situations de travail incitent vos salariés à rouler plus vite ou à téléphoner en conduisant ?
  • Ne pas compter sur la sanction seule. Un tiers des auteurs d'accidents corporels avaient déjà connu une suspension de permis, et les trois quarts récidivent après l'accident. Ces chiffres invitent à ne pas faire reposer la prévention sur la sanction seule.

En résumé

Chez les conducteurs reconnus responsables d'un accident corporel, l'étude ACCI observe en moyenne des infractions plus fréquentes et plus graves avant l'accident, et des infractions qui se poursuivent après. Pour l'entreprise, c'est un argument pour agir tôt et collectivement, plutôt que d'attendre le premier sinistre.

Une première étape concrète : lors de votre prochaine réunion d'équipe, posez la question des situations de travail qui poussent à rouler plus vite ou à téléphoner en conduisant, et notez ce qui relève de l'organisation.

Sources